Chef-d’œuvre visuellement époustouflant de l’auteur Alexis Gambis


Dès son premier coup, Alexis Gambis Fils de monarques est un film captivant qui fait réfléchir. La toute première image que le public voit – avant même de rencontrer le protagoniste Mendel (Tenoch Huerta) – est un gros plan d’une chrysalide soigneusement, presque amoureusement, disséquée dans une flaque de liquide clair. Ce moment met en place toute l’expérience émotionnelle du film : un affrontement inconfortable entre la science et la spiritualité, le mondain et le sacré, en équilibre précaire sur les épaules calmes et voûtées d’un homme luttant pour concilier sa position actuelle dans la vie avec les démons de son passé. Écrit et réalisé par le réalisateur (et biologiste) français vénézuélien Alexis Gambis, Fils de monarques est une expérience visuelle savamment conçue qui tisse des thèmes et des images disparates.

L’homme qui coupe le cocon du papillon est Mendel, un scientifique qui cherche à identifier et à isoler le gène responsable de la couleur distincte des ailes du monarque. Plus précisément, il est impliqué dans la recherche du gène optix, en identifiant comment il détermine la couleur et les motifs, et en trouvant des moyens de manipuler le gène isolé (en transformant en bleu ce qui devrait être des écailles orange sur les ailes du papillon). C’est un sujet légèrement controversé – à un moment donné, un personnage le compare aux recherches du Dr Frankenstein dans le roman classique de Mary Shelley – mais pour Mendel, c’est un travail profondément contradictoire : sa grand-mère lui a inculqué une révérence pour les papillons monarques, qui migreraient vers les forêts du Michoacán entourant sa ville natale en masse chaque année. Mendel a peut-être consacré sa vie professionnelle à l’étude de ces créatures délicates, mais ce faisant, il en détruit d’innombrables. C’est ce conflit intérieur qui anime le récit.

Le film manque d’une intrigue claire, offrant plutôt une histoire racontée à travers des vignettes qui offrent un aperçu de la vie intérieure du protagoniste. Biologiste mexicain travaillant à New York, Mendel est un étranger – à la fois parmi ses pairs en Amérique mais aussi chez lui à Angangueo, au Mexique. Le scientifique ne rentre manifestement pas souvent chez lui, peut-être à cause du mauvais sang entre lui et son frère, Simon (Noé Hernández) ; pourtant, il ne semble pas à sa place à New York également. Il est devenu trop dépendant de son amitié avec son collègue scientifique mexicain Pablo (Juan Ugarte), et en tant qu’homme d’âge moyen célibataire et jamais marié, semble réticent à nouer des relations significatives ou à s’enraciner dans sa nouvelle maison.

Joué doucement par Huerta, Mendel semble légèrement mal à l’aise où qu’il aille, enfilant et enlevant souvent divers masques sociaux alors qu’il joue les rôles de pair, d’oncle et de petit ami chanceux. Huerta offre une performance magnifiquement nuancée dans Fils de monarques; l’acteur imprègne chaque instant, chaque regard, d’une profondeur de sens et d’émotion. Bien qu’il parle doucement, les yeux de Huerta sont audacieux – débordant d’émotion dans une scène, puis reflétant l’éclat terne d’un esprit traumatisé dans la suivante. Alors que Mendel entreprend son voyage de transformation, il se tient légèrement différemment, ignorant lentement ses “masques” et permettant à son vrai moi d’émerger. Scène après scène, Huerta est un plaisir à regarder.

Fils de monarques est un film audacieux. Gambis maintient une tension thématique tout au long de l’histoire, tirant constamment Mendel entre deux mondes très différents. Les couleurs orange et bleu sont un motif dominant représentant cela, démontrant le contraste des vies spirituelles et laïques de Mendel. Thématiquement, la tourmente intérieure de Mendel est prolongée pour offrir un regard sur la société contemporaine : la violence inhérente à l’étude scientifique, juxtaposée très intentionnellement à la dévastation de l’environnement, le tout fait pour le progrès. Fils de monarques ne condamne pas catégoriquement ces actions, suggérant plutôt que l’humanité et Mère Nature doivent trouver un moyen de coexister. Il s’agit d’un choix mûr qui opte pour une approche plus pragmatique de l’environnementalisme – sans stigmatiser les gens, comme Simon, dont les circonstances les obligent à exercer des métiers dont ils savent qu’ils nuisent à l’environnement local.

Fils de monarques est un régal visuel, embrassant un rythme tronqué, presque onirique, qui complète les divers plans surréalistes des souvenirs et des cauchemars de Mendel. Entre les scènes se trouvent diverses images scientifiques issues de la recherche sur le papillon monarque, présentées pour un effet artistique. Le film va dans le sens d’être artistiquement indulgent sans se sentir prétentieux ou gratuit; pourtant, Fils de monarques est un film difficile, et il ne fait aucun doute que certains publics seront rebutés par son drame psychologique et sa narration visuelle. La structure lâche de l’intrigue ajoute une barrière supplémentaire qui peut dissuader certains téléspectateurs : il s’agit d’un film qui doit être activement regardé et savouré – pour ceux qui cherchent simplement à se divertir, le travail requis pour regarder n’en vaut pas la peine. Les cinéphiles, quant à eux, se réjouiront des visuels luxuriants et des mises en scène audacieuses de Fils de monarques – et gardera sans aucun doute un œil sur le prochain projet de Gambis.





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